J’ai froid, dois-je couvrir mon cheval ?

Une couverture pour un cheval en extérieur.

Bon, ça y est, il fait froid. La température la nuit passe sous les dix degrés. Monter le soir après huit heures au bureau relève du défi et on a l’impression que les journées durent deux heures (pendant lesquelles on est, évidemment, enfermés au travail.) Gros débat qui anime (et réchauffe) les écuries : la tonte, et avec la question de la couverture de ton cheval. Avec le retour du bon vieux vent d’hiver, nos poneys ont tendance à se transformer assez rapidement en Wookie. Non pas que je ne sois pas fan de poils, mais j’avoue que j’ai rapidement et fâcheusement tendance à me lasser du côté yack auquel il faut défaire des dreads de transpi et de boue après chaque séance.

Bref ! Aujourd’hui on va parler d’abord des couvertures, et ensuite on parlera de la tonte. Pour le bien de toute le monde, je fais le choix de scinder cette réflexion en deux. Parce qu’au fond (en fait) la tonte, c’est ENCORE autre chose vis-à-vis du froid, et franchement, si je fais un article deux en un, je vais donner des sueurs froides (ahah, jeu de mot) à quelques un et unes de mes lecteurs et lectrices ! Voilà. Vous êtes avec moi ? Alors, c’est parti.

Comment savoir s’il est nécessaire de mettre une couverture à mon cheval?

J’entends d’ici un écho familier en arrière-plan, comme une douce mélodie qu’on connait tous : « gneu gneu gneu dans la nature il a pas de couverture le cheval ! ». Alors oui certes, mais dans la nature, s’il se pète une jambe il meurt, lentement, dans des souffrances atroces, et se fait manger par des coyottes.

Nous, on les soigne. On a l’arrogance de leur monter dessus et de leur coller des ensemble Kentucky flambant neufs en velours rose poussin (oui, rose poussin) alors on peut AU MOINS faire en sorte qu’ils ne se gêlent pas les meules la nuit. Question de principe.

La température critique

Plus sérieusement. Pour le cheval, la température « critique » se situe  autour de -15°C. C’est-à-dire qu’à partir de -15°C, il devient absolument impératif d’aider (grâce à une couverture) le cheval à lutter contre le froid. Le reste du temps, le cheval est capable, grâce à ses poils et à d’autres réflexes physiologiques, de s’auto-gérer.

Pour des chevaux habitués à un climat tempéré comme par chez nous en région Bordelaise, on considère que le corps n’a à fournir aucun effort pour fonctionner normalement lorsque la température extérieure se situe entre 5°C et 25°C. On appelle cette plage de températures la zone de neutralité thermique.

Lorsqu’on tond un cheval, on remonte sa température basse critique de 4 à 5°C. Autrement dit, la plage de neutralité thermique du cheval tondu s’étend de 9°C à 25°C.

NB : Certains chevaux habitués à un climat plus froid comme ceux qui vivent au Canada par exemple auront une tolérance qui tournera plutôt entre -10°C et 15°C. Par souci de cohérence, cet article traitera des chevaux vivant dans des climats tempérés.

Bref si on calcule rapidement, ils ont une amplitude d’environ 20°C en ce qui concerne les températures dans lesquels le corps se comporte normalement. Ensuite, l’organisme va s’adapter pour lutter soit contre le chaud, soit contre le froid, dans une amplitude supplémentaire d’environ 20°.

Au-delà, si on ne vient pas en aide au cheval en hiver, il va très probablement entrer en état d’hypothermie, c’est-à-dire que sa température corporelle va passer en dessous de 36,5°C.

(Avec des températures trop hautes en été, on parlera d’hyperthermie, la température corporelle du cheval passera au-dessus de 38°C, rappelez-vous, on en discutait justement cet été dans l’article sur la canicule.).

Attention : la température critique basse change selon l’âge, les nouveau-nés (moins de dix jours) ont une température critique située autour de 22°C et les poulains autour de 0°C, les vieux chevaux deviennent également vulnérables avec l’âge. Vigilance, donc dans ces cas spécifiques.

Reconnaître qu’un cheval a froid

Pour savoir si votre cheval a froid, vous pouvez avant toute chose l’observer. Voici quatre signes de stress thermique à surveiller :

Le ramassage sur lui-même : un cheval qui a froid va avoir tendance à se tenir « sous lui » c’est à dire qu’il va se ratatiner sur lui-même, comme nous quand on a froid : la queue est basse et plaquée entre les postérieurs, le rein et les abdominaux sont contractés. Les frissons viennent ensuite.

Les frissons : pour se réchauffer, l’organisme va faire trembloter le cheval, mais un frissonnement ininterrompu (un cheval qui grelotte) est anormal et signifie que le cheval a trop froid.

La ventilation : lorsqu’un cheval a froid, sa fréquence respiratoire chute. Il va respirer plus lentement.

L’abandon des barrières individuelles : les chevaux ont naturellement un espace bien à eux tout autour d’eux et n’apprécient pas particulièrement qu’on y entre, sauf lorsque c’est codifié, comme lors du grooming entre copains ou de la reproduction. Une autre acceptation du contact physique : c’est lorsqu’ils ont froid. Voir des chevaux blottis les uns contre les autres dans un champ n’est pas mignon : c’est signe qu’ils n’ont pas d’autre choix pour garder la chaleur. Vigilance, donc.

Si vous avez un doute, n’hésitez pas à prendre la température de votre cheval à l’aide d’un thermomètre (celui que vous avez soigneusement rangé dans votre boîte à pharmacie).

Comme la température corporelle est un indicateur empirique, ça ne devrait pas laisser place à trop d’interprétation, ni d’anthropomorphisme, et de cette façon : vous serez fixés.

Quelles sont les conséquences du froid sur mon cheval ?

Sans forcément parler tout de suite de contracter des maladies mortelles, le froid va fragiliser votre cheval. Explications.

La perte d’état

Si on insiste autant sur le fait de faire attention aux jeunes et aux vieux chevaux en hiver, c’est pour une raison très simple : ils sont plus fragiles. Leur métabolisme n’est pas en capacité d’encaisser les grands froids, soit parce qu’il est encore en cours de construction (poulains) soit justement parce qu’il est sur le déclin (vieux chevaux).

On le voyait tout à l’heure, le cheval supporte une certaine amplitude thermique avant de devoir commencer à « lutter ». La notion de lutte est importante. On dit d’un individu qu’il « lutte » contre quelque chose parce qu’il mobilise de l’énergie.

Donc, on récapitule : en dessous de 5°C le corps du cheval est déjà en lutte contre son environnement. C’est-à-dire que l’organisme va consommer de l’énergie même si l’individu ne fait « rien ». Sans rien changer à son habitude, votre cheval va consommer plus d’énergie, brûler plus de calories.

Dans le cas d’un cheval en surpoids, on peut se servir de ce mécanisme naturel pour aider un cheval à perdre sa graisse et donc réduire les risques de fourbure ou de maladies articulaires et cardiaques. Mais dans le cas d’un cheval qui est à son poids de forme, il faut rester vigilant afin qu’il ne perde pas d’état.

Conclusion : en dessous de 5°C pour garder l’état de son cheval constant, mieux vaut le couvrir.

Des raideurs musculaires

Comme vu au début de l’article, l’un des premiers réflexes du cheval pour lutter contre le froid, c’est de trembler. Pour décrire ça très grossièrement : les muscles vont subir des tas de micro-contractions qui vont avoir pour effet de produire de la chaleur.

Dans un premier temps (autour d’octobre ou novembre, lorsque les températures descendent) pas de panique : ce mécanisme naturel permet au cheval de prendre conscience qu’il a plus froid, et donc, de produire du poil en conséquence. En général, les chevaux ont besoin d’environ quinze jours pour s’habituer à de nouvelles températures.

Cependant, un cheval au repos ne contracte normalement pas ses muscles en permanence. S’il doit vraiment lutter contre le froid il va en plus des tremblements venir engager ses abdominaux, ses dorsaux et ses fessiers pour se ramener sous lui. Vous vous en doutez, cela va occasionner quelques raideurs.

Attention : dans certains cas critiques, le cheval peut même contracter une myosite. Eh oui, la myosite n’est pas seulement une maladie de l’été. C’est une pathologie musculaire qui peut frapper à n’importe quel moment de l’année. Si l’effort musculaire est trop intense, elle peut poindre le bout de son nez, c’est pour cette raison (au-delà des notions de bien-être) qu’il faut rester attentif aux signes de stress thermique de votre cheval.

Je vais vous donner un exemple assez récent des effets du froid sur la capacité musculaire du cheval : Dimanche, jour de concours, je rentre dans le box de mon poney, il a une contracture énorme sur le grand dorsal gauche qui est apparue dans la nuit. Il n’est pas tondu, dort dans un box, à l’intérieur d’un barn, et a une palefrenière ultra généreuse en paille qui lui permet de se coucher bien au chaud s’il a froid. Pourtant : les faits sont là, la contracture est apparue. Solution de fortune, je lui jette la polaire sur le dos, il lui reste une heure avant son tour c’est assez pour que la contracture s’estompe. Au retour de son tour, une fois les muscles chauds, la contracture a disparu et en étant attentive à ce qu’il ne refroidisse pas trop vite par la suite, elle n’est pas revenue.

Choisir une couverture pour mon cheval

On le sait, choisir une couverture pour son cheval peut être vraiment compliqué. Déjà parce qu’on est en permanence matraqués par des arguments marketing très bien ficelés (j’en suis la première victime, coucou le craquage sur la Show Rug Kentucky). Et ensuite parce qu’en général, tout le monde y va de son petit commentaire à l’écurie. On connait tous cette personne qui enroule son cheval dans des kilomètres de coton dès que le mercure tombe en dessous de 20°C. De l’autre côté il y a aussi cette personne qui prône le naturel pour tout et tout le temps et qui estime qu’un cheval qui grelotte, c’est un cheval qui se réchauffe…

Chaque cheval est différent, certains seront plus ou moins frileux, et c’est pour cette raison qu’il faut prêter attention à ce qu’ils peuvent nous dire : guettez les signes de stress thermique et agissez en conséquence, pour le bien-être de votre compagnon aux longues oreilles.

Petit rappel : un cheval mouillé sera plus sensible au froid et l’eau transférera invariablement dans la couverture. Si la couverture est trempée, vous vous en doutez, elle ne remplira pas du tout son rôle et gardera le froid sur le cheval plutôt que de le réchauffer.

Avant de mettre une couverture, on sèche son cheval. Avec une couverture séchante si on en a une, sinon, en bouchonnant avec de la paille. J’adore la paille pour ça, ça va vite, ça permet de stimuler les muscles de son cheval, et c’est la plupart du temps gratuit ! (bonheur, non ?)

Idéalement, c’est intéressant de s’équiper avec deux jeux de couvertures par tranches de températures, d’autant plus si votre cheval vit 100% du temps à l’extérieur. L’objectif n°1 sera toujours de les garder au sec.

Mon cheval est tondu

Il fait entre 10°C et 15°C

Je ne le couvre pas au box, à moins qu’il présente des signes de stress thermique, auquel cas j’adapte et me tourne vers une polaire légère. En extérieur, s’il fait beau et que mon cheval ne présente aucun signe de frilosité, même chose, à moins qu’il pleuve. Donc, en cas de pluie, je recommande une petite couverture imperméable de 0 à 100gr, il y en a pour tous les budgets, et c’est très appréciable !

Il fait entre 0°C et 10°C

Je le couvre au box avec une couverture légère avec un grammage situé entre 100 et 200 grammes. Une polaire fera très bien l’affaire, en général, leur grammage tourne entre 100 et 300 grammes mais la respirabilité de la polaire permet de ne pas trop regarder le grammage. Sinon, une doudoune d’écurie légère sera parfaite aussi.

Pour ce qui est de la vie en extérieur on couvre avec une couverture à moyen grammage, entre 150 et 250 grammes.

Il fait entre 0°C et -10°C

Au box, il reste bien au chaud dans une couverture d’écurie avec un gros grammage, entre 250 et 300 grammes. Dehors, on renforce encore les matelassures pour monter jusqu’à 350 ou 450 grammes.

Mon cheval est poilu (non-tondu)

Il fait entre 10°C et 15°C

Je ne le couvre pas ni au box, ni dehors, ses poils et son corps feront largement le travail. En revanche, s’il pleut énormément, il faut impérativement vérifier que le sous-poil est toujours sec. Le fait que la robe de votre cheval soit mouillée à l’extérieur n’est pas grave. Il faut en revanche que la peau soit sèche (comme nous, finalement !). Si votre cheval n’a pas d’abri, on peut songer à lui laisser une 0 grammes sur le dos pour les jours où il pleut beaucoup. Cela nécessite un peu de logistique pour leur éviter d’avoir trop chaud et donc de passer vérifier régulièrement leur état, mais c’est nécessaire.

Il fait entre 0°C et 10°C

Au box, il reste découvert, aucune raison de leur coller une sur-couche s’ils ont de quoi se coucher convenablement, à l’abri des courants d’air et de la pluie. Dehors, on commence à venir en renfort avec une couverture 0 à 150 grammes, surtout pour le couper du vent et de la pluie.

Il fait entre 0°C et -10°C

Au box, on commence à couvrir, surtout pour éviter la perte d’état. Une petite couverture d’intérieur 0 ou 150 grammes fera parfaitement l’affaire. A l’extérieur, on leur permet encore une fois de rester isolés du vent et de l’eau grâce à une imperméable et on rajoute un petit grammage (autour de 150 grammes ) pour les garder au chaud.

En conclusion : couvrir son cheval, c’est compliqué.

Evidemment je ne suis personne pour vous dire quoi faire. Tous les ans le bal des couvertures arrive à la fin octobre début novembre avec son lot de questions, de certitudes, de moqueries… Avec cet article, j’espère vous donner assez de clés de compréhension pour devenir juge des besoins de votre cheval. Les indications de températures sont simplement des points de repères. Elles ne sont pas paroles d’évangile.

J’espère que vous vous en sortirez avec toutes ces histoires de grammage, de tremblements et d’humidité. En attendant, pensez à aérer régulièrement vos écuries afin de chasser l’humidité et de renouveler l’air pour garder vos chevaux en bonne santé et prenez soin de vous !

Sources :

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