Éthologie équine, cheval qui es-tu ?

Ethologie équine, cheval qui es-tu ?

INTRODUCTION A L’ÉTHOLOGIE ÉQUINE

L’éthologie équine est une science relativement jeune. Aux débuts de l’éthologie comme discipline scientifique, les chercheurs se sont penchés plutôt sur les animaux « exotiques » que sur ceux que nous avions proche de nous. En effet, on a recueilli des informations sur les lions, les tigres ou les éléphants beaucoup plus vite et beaucoup plus tôt que sur le cheval qui partageait pourtant notre quotidien.

Ethologie : Science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel.

D’autre part, l’éthologie équine est compliquée à pratiquer aujourd’hui : l’étude du comportement d’une espèce veut normalement que l’on se concentre sur des individus sauvages, non influencés par l’homme. Aujourd’hui, il n’existe plus de chevaux sauvages. En fait, les espèces qui s’en rapprochent le plus selon les scientifiques sont les ânes sauvages : l’âne sauvage d’Afrique, l’Hémione, l’âne sauvage du Tibet et les zèbres : le Zèbre de Grévy, le Zèbre de Burchell et le Zèbre de montagne.

On différencie les chevaux sauvages des chevaux férals.

Féral : Qualifie une espèce domestique animale qui est retournée à l’état sauvage.

Parmi les chevaux férals, on peut citer les chevaux de Przewalski en Mongolie, les chevaux Brumby en Australie ou les chevaux Mustang en Amérique du Nord.

Attention, le sujet des Przewalski est controversé. A l’heure actuelle, les scientifiques cherchent encore à déterminer s’il est (ou non) considérable comme sauvage ou féral. Comme évoqué un peu plus bas dans l’article, des doutes planent encore sur sa possible domestication.

Limitée par l’absence d’espèces réellement sauvage et par l’illusion de connaître les chevaux après les avoir domestiqués, l’éthologie équine apparaît seulement dans les années 1970 avec les études de James Feist (Etats-Unis) et Stéphanie Tyler (Royaume-Uni). Pourtant, les bases de l’éthologie moderne sont posées dès les années 1940 par les autrichiens Karl Von Frisch et Konrad Lorenz et le néerlandais Nikolaas Tinbergen qui travaillaient respectivement sur les abeilles, les oies cendrées et les goélands argentés.

L’éthologie équine souffre donc d’un certain retard comparé à l’éthologie d’autres espèces comme les oiseaux, les insectes ou les grands félins et grands canidés.

I – LES ORIGINES DES CHEVAUX

L’Eohippus et l’Orohippus – Eocène

Les premières traces d’apparition du cheval trouvées (à ce jour) remontent à plus de 50 millions d’années, à l’époque de l’Eocène.

Eocène : C’est la deuxième époque du Paléogène qui s’étend de -56 millions d’années à -33 millions d’années.

D’abord, on retrouve l’Eohippus : le cheval de l’aube puis l’Orohippus. Tous deux étaient de petite taille.

L’Eohippus mesurait seulement 35 cm au garrot (la taille d’un grand lapin) et possédait quatre doigts aux antérieurs et aux postérieurs. L’Orohippus quant à lui était à peu près aussi grand qu’un petit chien.

L’Eohippus apparait il y a 53 millions d’années. Il vivait dans les forêts de tout l’hémisphère nord (Asie, Europe et Amérique du Nord actuels)

L’Orohippus apparait il y a 51 millions d’années. On le trouve presque uniquement dans l’actuelle Amérique du Nord.

Ensuite, on trouve le Mesohippus qui apparait il y a 35 millions d’années en Amérique du Nord, toujours pendant l’Eocène. Ses jambes sont plus longues que celles de l’Eohippus et de l’Orohippus, il se tient principalement sur son doigt du majeur. Son museau devient plus long et ses yeux se déportent sur le côté. Enfin, son cerveau est plus grand mais pas encore comparable à celui d’un cheval d’aujourd’hui. Il mesure entre 50 et 60 cm au garrot.

Le Merychippus – Miocène

Le Merychippus apparait il y a 15 millions d’années pendant le Miocène.

Miocène : C’est la première époque du Néogène, elle s’étend de -23 millions d’années à -5 millions d’années. C’est à cette époque qu’apparaissent les premiers hominidae dont nous (humains) descendons.

On sait que le Merychippus vivait en hardes dans les plaines, qu’il était un herbivore brouteur, qu’il avait trois doigts à chaque pieds et qu’il dépassait de loin ses ancêtres en taille : entre 90 et 120 cm (la taille d’un poney B) mais également en capacité cognitive : son cerveau était plus grand, ce qui le rendait donc plus intelligent mais également plus agile.

Les pieds du Merychippus ressemblent également aux pieds des chevaux actuels, son doigt du milieu se terminait par un sabot et selon les espèces, les doigts latéraux se réduisaient jusqu’à ne plus être en contact avec le sol.

Comparaison avec l’Homo Sapiens

Pour donner un peu de perspective, les plus anciens fossiles d’homo sapiens (humain) remontent à 300 000 ans.

On date l’apparition des premiers hommes australopitecus à environ 4,2 millions d’années avant aujourd’hui.

Pour aller encore plus loin, l’apparition des premiers hominidae (qui englobent les chimpanzés, les orangs-outans et les gorilles) remonte à environ 20 millions d’années. En définitive : les chevaux étaient là bien avant nous !

Conclusion

L’étude des animaux préhistoriques nous apprend que les chevaux étaient à l’origine des animaux forestiers. Cela explique plusieurs comportements qui peuvent parfois nous intriguer ou nous inquiéter, comme le fait de ronger l’écorce des arbres, de grignoter les bois de clôture ou jouer avec des branches.

On sait aujourd’hui que le fait de manger du bois peut signifier qu’un cheval souffre de carences en fer ou en oligo-éléments, mais la plupart du temps, c’est en fait simplement un réflexe primitif tout à fait bénin, hérité de leurs ancêtres.

La domestication supposée du cheval remonte à 4000 av. J-C. par les Kourganes voire à 5500 av. J-C. où le peuple Botaï aurait domestiqué le Przewalski, surtout dans le but de produire du lait. Seulement, dans les faits, les preuves plus tangibles de sa domestication remontent plutôt à 2500 av. J-C.

Finalement, la domestication du cheval dure depuis environ 6000 ans. Comparée à la domestication du chien qui dure depuis le Paléolithique (-45 000 à -12 000 ans) par exemple, c’est une expérience très récente. L’animal a été sélectionné beaucoup plus par la nature que par l’homme, ce qui explique qu’il soit parfois plus compliqué à appréhender.

II – L’ÉTHOLOGIE ÉQUINE ET LE CHEVAL DOMESTIQUE (EQUUS CABALLUS)

On a souvent tendance à dire du cheval qu’il est une proie. Cependant, attention : tout être vivant peut être une proie ! Même les super prédateurs, comme l’homme, peuvent devenir une proie.

Nutrition

En éthologie équine, on préfère désigner le cheval comme étant un herbivore.

En tant qu’herbivore, le cheval se nourrit principalement d’herbe. Comme l’herbe est pauvre en protéines et en nutriments, les herbivores ont besoin de manger beaucoup et longtemps. Comme ils ont un petit estomac par rapport à leur taille, ils sont obligés de fractionner leur nutrition en une multitude de petits repas. Dans l’emploi du  temps du cheval, se nourrir prend en moyenne 15 heures de sa journée. Autrement dit, le cheval passe plus de la moitié de son temps à se nourrir et s’abreuver.

Influence de l’environnement sur le comportement

Le cheval vit dans des espaces ouverts qui lui assurent la capacité de fuir s’il est attaqué. Cet environnement conditionne les comportements du cheval. En effet, le cheval développe des comportements par rapport à ses capacités (ce qu’il est en mesure de faire) et par rapport à son environnement (ce que l’environnement lui permet de faire).

Pour illustrer ce propos, voyons le meilleur moyen de défense du cheval : la fuite.

La fuite a été choisie comme meilleur moyen de défense car le cheval est physiquement développé pour fuir vite sur un terrain dégagé. Comme il est grand, il ne peut pas se cacher, comme un lapin qui creuserait un terrier. Comme il n’est pas de la même couleur que son environnement, il ne peut pas se camoufler, comme un renard des neiges. Comme il est lourd, il ne peut pas se faire petit ni silencieux, comme un opossum ou un paresseux. Comme il se déplace en harde réduite, il ne peut pas se retourner contre son prédateur comme les abeilles.

D’autres grands mammifères ont développé des techniques de défense en rapport avec leurs capacités et leur environnement. Les cerfs par exemple, peuvent se fondre aux branches et aux troncs d’arbres grâce à leur robe et à leur bois. Les zèbres ne peuvent pas se camoufler dans la savane, mais grâce au groupe, ils peuvent échapper aux prédateurs : lorsqu’ils sont tous lancés au galop, leurs rayures leur permettre de se fondre les uns avec les autres en une seule masse et d’être plus difficile à cibler.

Influence de l’environnement sur le caractère

L’éthologie équine nous apprend que souvent, le conditionnement d’un caractère dit « froid » ou « chaud » vient de la situation géographique d’origine du cheval.

La plupart des chevaux lourds, les chevaux de trait et de travail qu’on qualifie de chevaux à sang froid proviennent d’Europe. Cette région a été longtemps peuplée par les loups qui sont devenus les prédateurs du cheval européen.

Le loup est un canidé. Il chasse en meute et lentement. Le loup peut traquer une proie pendant plusieurs kilomètres, sur plusieurs jours. Par conséquent, le cheval européen est un excellent marcheur, très endurant. Mais il économise ses forces afin de distancer son prédateur. Arrivé dans une situation de blocage (encerclé ou attaqué) le cheval européen s’arrête puis tape son prédateur le plus fort possible afin de se libérer.

Les chevaux de sang, qualifiés de chevaux à sang chaud, proviennent pour la plupart des péninsules arabiques, ibériques et africaines. Les prédateurs de ces chevaux sont des félins : tigres, panthères ou lions. Le félin ne traque pas comme le canidé. Il surgit et attaque sur de courtes distances, mais toujours de façon fulgurante. Dans ce cas précis, la meilleure chance de survie pour le cheval est de fuir le plus vite possible dans la direction opposée.

Cette différence des prédateurs induit la différence dans le comportement des chevaux qui selon leur zone géographique d’origine ont développé des mécanismes de défense adaptés à leur environnement. Ces mécanismes acquis ont fini par s’inscrire de génération en génération dans leur comportement inné et expliquent la différence entre les chevaux à sang chaud et les chevaux à sang froid.

NB : la puissance de l’instinct est immense. On a recensé beaucoup de chevaux (notamment arabes) qui se sont tués eux-mêmes lors d’une fuite tant le cerveau avait « déconnecté ».

III – VIE DU CHEVAL

Le domaine vital du cheval

En éthologie équine, on dit que le cheval à l’état naturel le cheval vit dans un « domaine vital » et pas dans un « territoire ».

Territoire : un espace que l’on marque et que l’on défend contre d’autres individus de sa propre espèce.

Domaine vital : un espace dans lequel plusieurs individus d’une même espèce peuvent cohabiter, qu’ils appartiennent à la même harde ou non.

Chez les chevaux, plusieurs hardes peuvent vivre sur le même domaine vital. On observe des phénomènes de marquage qui sont plutôt utilisés pour éviter les rencontres fortuites entre deux hardes que pour délimiter un territoire d’une harde et en empêcher l’occupation par une autre. Le domaine vital du cheval mesure en moyenne 5000 hectares. Au minimum, on a observé des domaines vitaux de 20 hectares et au maximum, ces domaines vitaux peuvent s’étendre sur 9000 hectares.

Le domaine vital du cheval présente tous les éléments qui permettent au cheval de se nourrir, de s’abreuver et de s’abriter.

Vie sociale du cheval

Le cheval est un animal social. Il vit en groupe.

En éthologie, on observe des comportements sociaux voire sociétaux dans beaucoup d’espèces. La fourmi par exemple a une organisation sociale et sociétale très sophistiquée. Le rôle de la fourmi au sein de la colonie est défini presque dès sa naissance. En effet, chacune dispose d’un physique donné et ce physique va conditionner son rôle. Et vice versa ! Si un rôle manque dans la colonie, la fourmi va adapter son physique pour répondre aux besoins de la colonie.

L’éthologie équine nous apprend que chez le cheval, la société est coordonnée mais pas définie : il n’y a pas de partage de tâches ni de tâches assignées comme chez la fourmi. C’est-à-dire que les chevaux d’une harde font ce qu’ils veulent, mais ils le font tous en même temps.

Exemple : dans un troupeau, lorsqu’un cheval se roule, les autres vont avoir tendance à vouloir se rouler aussi. Pas par mimétisme mais par coordination sociale

Dans une harde de chevaux, il n’y a pas de chef. Les chevaux ne choisissent pas de meneur. Le lead est par conséquent « flottant ». C’est-à-dire que n’importe quel individu de la harde peut mener le troupeau entier sans rencontrer de résistance. Il arrive que le caractère d’un individu l’amène à prendre plus souvent la tête de la harde mais il n’en devient pas pour autant le chef.

C’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que vous avez appris des choses. J’ai pris beaucoup de plaisir à retranscrire ce que j’avais appris de ma leçon d’Andy Booth dans cet article. Je crois que le savoir est quelque chose d’inestimable et qu’il est important de le transmettre. Alors on se retrouve très vite sur Canter and Coffee ! N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous souhaitez avoir un autre article sur l’éthologie équine.

En attendant, prenez soin de vous !

SOURCES / POUR ALLER PLUS LOIN

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