Mesure et bienveillance dans nos propos.

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Pourquoi je crois que nous devons nous montrer plus mesurés dans nos propos sur Instagram, et partout ailleurs sur internet. Je comptais poster cet article bien plus tard dans la vie du blog, mais de récents écrits et comportements sur le net m’ont poussée à le publier plus tôt.

Comme toutes les autres « influenceuses », même si je n’aime pas ce terme, nous nous adressons souvent à un public jeune voire très jeune. Souvent un auditoire qui ne possède pas son propre cheval et est soumis à une autorité que nous ne pouvons pas appréhender. En donnant nos avis sur bon nombre d’usages et techniques d’équitation sur nos comptes, nous influençons forcément ce public de jeunes cavaliers et cavalières selon notre façon de penser.

Imaginez une seconde la portée que peuvent avoir nos propos.

Je vais prendre l’exemple de Marie qui m’a contactée suite à un avis donné sur le gogue fixe pendant une activité en story. Marie monte dans deux centres équestres différents. Dans l’un, tous les chevaux et poneys ont un gogue fixe, dans l’autre, aucun n’en a.

Sans le vouloir, nous pouvons mettre la pagaille.

Marie s’inquiète puisque partout sur Instagram elle lit à quel point les gogues (et enrênements de manière générale) sont mauvais. La controverse l’atteint et elle en vient à douter. Elle doute de l’enseignement qu’elle reçoit d’une part, mais aussi de sa propre équitation.

Elle connaît mon avis puisqu’elle vient de le lire dans la story Instagram à laquelle elle réagi. Je suis contre le gogue fixe. (Si vous souhaitez en savoir plus sur mon avis à propos des enrênements, j’écrirais un article.) Mais elle se tente tout de même à me demander un peu plus d’explications et je lui en suis très reconnaissante, car ce genre d’échange permet de réaliser que nous avons accès à des leviers de communication très puissants et qu’il faut les manipuler avec précaution.

Pourquoi prendre le temps d’expliquer les choses ?

J’estime qu’il est de ma responsabilité, lorsque j’affirme quelque chose qui peut influencer autrui de répondre aux questions que mon discours peut soulever. Alors je réponds à Marie.

Je lui explique que je suis certaine que les gérants de son centre équestre savent ce qu’ils font – je ne les connais pas je me dois donc d’être la plus objective et la plus neutre possible –, j’étoffe légèrement mon avis sur le sujet du gogue fixe pour lui expliquer mon point de vue et pourquoi je pense que c’est nocif. Cela-dit je pondère mes propos. Et j’insiste lourdement sur ce point. Je nuance, je concède. Je cherche l’explication qui pourra permettre à Marie de ne pas se rendre à son centre équestre avec la boule au ventre pour sa prochaine leçon.

Marie s’inquiète du bien être des chevaux qu’elle monte. Elle a peur qu’ils soient en souffrance. C’est une prise de conscience normale, et nécessaire, lorsqu’on commence à grandir en tant que cavalier. Mais cette prise de conscience ne doit pas se faire si on est seul. Je lui explique que si elle est inquiète et qu’elle a la sensation que son cheval est bloqué ou gêné par le gogue (ou quelconque autre enrênement) il ne faut pas qu’elle hésite à en parler avec son moniteur ou sa monitrice. Et c’est ici que tout se joue.

Nous ne pourrons jamais remplacer un professionnel présent sur place.

Marie s’est rassurée toute seule parce que j’ai pris soin moi-même de modérer mes propos et de ne pas taper ouvertement sur les doigts des enseignants qui l’encadrent. Marie est un exemple, mais combien de jeunes, voire très jeunes, cavaliers et cavalières s’inquiètent en silence de l’exacte même façon ?

Cette inquiétude, et le silence qui l’entoure, c’est le début d’une longue suite de désaccords, de mésententes, de doutes et de déceptions qui vont polluer le développement sportif et moral de ces cavaliers et cavalières.

Laisser leur place aux enseignants.

Je me suis rendue compte après l’intervention de Marie que j’aurai pu la placer en porte à faux vis-à-vis de son enseignant ou de son enseignante. J’aurai pu la braquer, sans le vouloir, et la rendre ainsi moins perméable, moins réceptive, à toutes les autres choses que le professionnel qui l’encadre aurait pu lui apprendre. Et ça aurait été terrible !

Quand on y réfléchit, on a toutes et tous pratiqué des méthodes plus que discutables étant enfants, on a tiré, poussé, lâché. On a monté de façon brutale. On a agité nos mains, on a eu du mal à fixer nos jambes. Il est probable qu’on ait utilisé des selles peu adaptées, des filets mal réglés, sur des poneys qui auraient pu être mieux soignés. C’est vrai. Mais ce sont toutes ces expériences, celles qui sont contestables et confuses, ce sont toutes nos imprécisions, nos essais bancals, nos gestes aléatoires qui nous ont amenés à comprendre, à ressentir. A apprendre.

Nous ne serions pas ici, aujourd’hui, en mesure de partager des idées et de prendre des positions fortes sur certains sujets à débat si nous n’avions pas comme bagage notre propre expérience à cheval. Nous avons eu besoin de ces expériences, ces mêmes choses qui aujourd’hui nous sortent par les yeux, pour nous forger une opinion et pour être en capacité de donner des raisons à notre opposition sur tel ou tel sujet.

L’importance de la mesure et de la tolérance dans nos propos.

Notre devoir en tant qu’ « influenceurs » si on peut utiliser ce mot, c’est de permettre à nos abonnés, à leur tour, de se poser les bonnes questions et de trouver les réponses par eux-mêmes. C’est d’ouvrir le dialogue. C’est de tendre une main, pour élever toute notre communauté vers une intelligence collective. L’intelligence passe par la connaissance, mais aussi par la tolérance.

Accepter l’incorrect, l’erroné.

La tolérance, c’est de savoir accepter une pratique qui nous gêne, sous certaines conditions, et d’autant plus quand la plupart des cavaliers et cavalières qui nous suivent n’ont pas la possibilité de changer ces pratiques. La mesure, c’est de ne pas cracher ouvertement sur une méthode alors qu’elle a pu fonctionner à un moment donné, pour des individus donnés. L’idéal, ce serait d’apprendre à prendre du recul.

C’est notre rôle, notre part du travail, lorsque nous avons une audience jeune, de veiller à toujours apaiser les esprits. En calmant nos ardeurs lorsque nous parlons de sujets qui nous exaspèrent, en adoucissant nos propos lorsque nous faisons des commentaires sur une méthode ou une autre.

Comprendre la portée de nos mots.

C’est notre responsabilité lorsque nous écrivons sur internet, sur les réseaux sociaux, de laisser la porte ouverte à un avis divergeant. On ne devient pas conscient des choses que l’on fait ou des méthodes que l’on pratique en suivant bêtement un mode de pensée. On ne devient pas lucide sur l’utilisation d’un objet controversé en s’enfermant dans des idées promulguées par une poignée de personnes.

Je préfèrerai toujours le dialogue, l’échange à propos d’un désaccord sur un sujet plutôt que l’acquiescement mécanique de quelqu’un qui ne comprend pas ce que je dis mais qui cherche à me faire plaisir. Parce que ce sont ces échanges qui nous font grandir. En tant que cavaliers, oui. Mais surtout en tant qu’humains.

Et que c’est exactement pour ça que j’ai commencé à raconter mon histoire sur Instagram. Parce que la plus grande richesse d’un cavalier, ce n’est pas ce qu’il sait, c’est ce qu’il peut encore apprendre.

2 réponses à “Mesure et bienveillance dans nos propos.

  1. Bonjour,
    Je découvre votre article au détour d’une page internet et je ne comprends pas bien votre opposition catégorique au gogue. Je suis plutôt contre les enrênements, surtout de la façon dont les cavaliers ont tendance à les régler. Mais je préfère voir des chevaux de club avec un gogue lâche que le dos creux ; c’est plus conservateur pour leur colonne.

    1. Bonjour Rachel, selon le niveau de dressage des chevaux, le gogue fixe (et je tiens à cette nuance) ne sert soit à rien, soit vient les braquer à la main. La tension constante exercée sur la bouche et la nuque empêche une décontraction correcte. Je préfère qu’on apprenne aux élèves à se débrouiller en 4 rênes si vraiment ils veulent enrêner afin de pouvoir rendre les rênes dans les phases de décontraction. Je préfère encore plus des chevaux dressés qui ont appris à se porter correctement (ouvert ne veut pas dire que le dos est creux) et sur lesquels les élèves peuvent réellement. Mais c’est plus rare… 🙂 J’espère t’avoir éclairé un peu 🙂

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