La muserolle cause-t-elle des dommages osseux ? [Etude scientifique]

Cet article est une traduction de l’article « Bone Damage in Horses at Site of nosebands identified in Study » posté le 17 Septembre 2020 sur le site Horsetalk.co.nz, voici le lien de l’article original : horsetalk.co.nz/bone-damage-horses-study

Image radiographique montrant la mâchoire inférieure d’un cheval, dans laquelle deux radiologues ont identifié des changements osseux. Image : Pérez-Manrique et al. https://doi.org/10.3390/ani10091661

« Suite aux résultats une nouvelle étude scientifique dans laquelle des radiographies de la tête révèlent des lésions osseuses au niveau du chanfrein et de la mâchoire inférieure chez les chevaux étudiés, l’utilisation des muserolles soulève de nouvelles interrogations.

Des modifications osseuses – épaississement ou amincissement de l’os – ont été identifiées aux endroits généralement soumis à la pression des muserolles restrictives. (muserolles serrées, ndlt.)

Si les scientifiques soulignent que la causalité entre les lésions observées et le type de muserolle utilisée ou leur serrage n’est pas encore prouvée, les causes des lésions observées sur le chanfrein et la mâchoire à l’emplacement des muserolles méritent, selon eux, une enquête plus approfondie.

Il semble en effet difficile de justifier sur un plan éthique que la pratique de l’équitation (dans ces conditions, ndlt.) endommage malencontreusement les os des chevaux.

“L’identification de ces lésions à l’endroit des muserolles restrictives (muserolles serrées, ndlt.) soulève des inquiétudes quant au bien-être des chevaux montés avec de tels dispositifs”, ont écrit Lucia Pérez-Manrique et ses collègues dans la revue Animals. (en accès libre ici : mdpi.com ndlt.)

Lucia Pérez-Manrique, avec l’Université Nationale Autonome du Mexique, faisait partie d’une équipe de recherche de sept personnes qui a entrepris d’en apprendre davantage sur la prévalence (la fréquence d’apparition du symptôme, ndlt.) et la distribution des lésions des os du chanfrein et des mâchoires inférieures sur les chevaux de selle.

Les chercheurs ont noté que l’utilisation de muserolles restrictives (serrées, ndlt.) dans les sports équestres préoccupe de plus en plus les vétérinaires et les scientifiques spécialistes des chevaux et de l’équitation. “La principale préoccupation est que la restriction d’un comportement par le serrage de la muserolle peut provoquer une souffrance et comprimer les tissus de la tête du cheval”.

Il a été suggéré que cette pression peut causer des blessures aux tissus mous de la tête et possiblement aux os en-dessous.

L’étude s’est concentrée sur 144 chevaux de cavalerie, adultes, tous Warmbloods (chevaux de selle légers, ndlt.). Et tous hébergés au Centre de Haute Performance Équine de l’armée mexicaine, à Mexico, où ils effectuent leur carrière de chevaux de sport et sont entraînés pour le dressage, le saut d’obstacles et le concours complet.

Il est noté que certains chevaux participent également aux parades de l’armée.

Profils d’un cheval pour lequel les deux examinateurs ont convenu qu’il y avait un épaississement osseux confirmé (a) et une concavité (b) dans les os nasaux. Photographies : Missael García-Márquez.

En dehors des équipements de cérémonie, l’équipement de chaque cheval dépend de ses activités équestres et de ses besoins individuels. Le serrage de la muserolle n’est pas systématiquement vérifiée à l’aide d’une jauge conique ou d’un dispositif similaire. (outil notamment préconisé par la fédération Suisse cf: Le nouveau règlement d’ajustement des muserolles mais facilement remplaçable par un pouce passé entre le chanfrein et la muserolle)

L’étude s’est déroulée en deux phases : une évaluation physique et une procédure de radiographie.

Pour la première phase, deux étudiants vétérinaires senior (niveau avancé d’étude vétérinaire, ndlt.) qui ne connaissaient pas le but de l’étude ont été formés par le responsable de recherche pour examiner la tête de tous les chevaux afin de détecter la présence de lésions, de douleurs à la palpation et la présence de poils blancs aux emplacements de la muserolle et de la gourmette (chaîne en métal passant sous l’os de la mâchoire inférieure, ndlt.).

Les deux examinateurs devaient évaluer les chevaux comme étant soit :

  • normaux,
  • présentant une concavité suspecte,
  • une concavité confirmée,
  • des exostoses suspectes (épaississement des os, communément appelés suros, ndlt.)
  • ou des exostoses confirmées.

Ils devaient également noter toute présence de poils blancs et de lésions cutanées à l’emplacement de la muserolle et de la gourmette.

Une semaine plus tard, les radiographies ont été prises selon un protocole standardisé. (chaque cheval a été pris dans la même position “standard” afin d’obtenir des images comparables, ndlt.)

Les images ont ensuite été évaluées par deux vétérinaires spécialisés en imagerie vétérinaire (radiologues, ndlt.), sans leur révéler l’âge, la race ou le sexe des chevaux étudiés.

Radiographies montrant les os nasaux d’un cheval dans lesquelles les radiologues ont convenu qu’il y avait un dépôt osseux typique des chevaux atteints (a) et modéré (b). Imagerie : Pérez-Manrique et al. https://doi.org/10.3390/ani10091661

Les radiographies ont été analysées dans le but de détecter tout signe de remodelage osseux, d’épaisseur des tissus mous et d’opacité radiographique aux endroits où la muserolle pose sur les os du chanfrein et de la mâchoire inférieure.

Pour les os du chanfrein, les deux radiologues (qui ont travaillé séparément) ont signalé un dépôt osseux chez 6,9 % et 8,3 % des chevaux, et un amincissement des os chez 33,3 % et 56,9 % des chevaux.

Les étudiants veterinaire senior qui ont examiné les chevaux au préalable (là encore, en travaillant séparément) ont constaté que 82 % et 84 % des chevaux présentaient un dépôt osseux palpable des os nasaux et que 32 % et 33,4 % présentaient un amincissement osseux palpable.

Pour la mâchoire inférieure, les radiologues ont constaté une augmentation des dépôts osseux chez 18,8 % et 32,6 % des chevaux, mais pas d’amincissement des os.

À la palpation, les deux étudiants vétérinaires ont indiqué que 30,67 % et 32,7 % des chevaux avaient un dépôt osseux palpable dans la mâchoire inférieure, et que 10,4 % et 11,1 % avaient un amincissement des os.

Les résultats des radiographies suggèrent que l’amincissement des os est plus fréquent dans les os du chanfrein que dans la mâchoire inférieure, et que les dépôts osseux palpables et radiographiques sont plus fréquents dans la mâchoire inférieure que dans les os du chanfrein.

“Ceci”, ont-ils déclaré, “est une première confirmation de lésions osseuses aux endroits où la muserolle exerce des pressions”.

“Ces résultats sont cruciaux si nous souhaitons nous diriger vers une équitation éthique qui pourrait, grâce à de simples vérifications en trois étapes, permettre à tous les acteurs du cheval de conserver l’approbation du grand public dont ils ont besoin pour continuer d’exercer (leur métier., ndlt.)

Radiographies montrant les os nasaux d’un cheval, dans lesquelles les radiologues ont convenu qu’il y avait un amincissement des os qui était typique des chevaux affectés (a) et modéré (b). Imagerie : Pérez-Manrique et al. https://doi.org/10.3390/ani10091661

“Cela exige que nous identifiions les causes (possibles, ndlt.) de la souffrance des chevaux que nous montons, que nous atténuions ces facteurs de stress (au sens large de douleur, ndlt.) autant que possible, et que nous justifiions le maintien de ceux qui ne peuvent être atténués”.

En tout, 37,5 % des chevaux ont eu une ou plusieurs modifications visibles sur les radiographies des os du chanfrein, selon les deux radiologues. Et 13,8 % ont eu une ou plusieurs modifications de la mâchoire inférieure visibles sur les images radiographiques.

“La déformation malencontreuse des os de la tête du cheval pour obtenir un avantage compétitif est difficile à justifier sur le plan éthique”, déclarent les auteurs.

Sur les 144 chevaux, 76 ont été évalués comme ayant des poils anormalement blancs dans la région de l’os nasal (soit 52%, plus de la moitié, ndlt.), tandis que 68 chevaux ont été jugés comme naturellement blancs dans cette région en raison de marques, ou étaient gris (et par conséquent non-observable, chiffres à prendre avec des pincettes, ndlt.).

Le profil d’un cheval sur lequel les deux examinateurs se sont accordés sur un épaississement de l’os de la mâchoire inférieure. Photo : Missael García-Márquez

Les chercheurs ont établi que les résultats de l’amincissement ou de l’épaississement des os par les examinateurs qui ont palpé la tête étaient bien corrélés avec les résultats des radiologues.

Cependant, ils ont suggéré que l’évaluation visuelle et la palpation seules ne devraient pas servir de base au diagnostic. En tant qu’indicateurs cliniques, ils peuvent parfaitement servir de pré-diagnostic à l’imagerie, mais seule les radiologies pourront évaluer la gravité des lésions.»

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