Vendre son cheval, les raisons.

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Pourquoi il faut arrêter de culpabiliser ces propriétaires qui vendent leurs chevaux.

Instagram est une mine d’or lorsqu’il s’agit de trouver des commentaires désobligeants, mauvais, ou juste méchants. Et lorsqu’on parle de vendre son cheval, les attaques morales ne manquent pas.

S’il y a bien quelque chose que je ne comprends pas, c’est pourquoi la plupart des gens se sent obligée de toujours venir ajouter son grain de sel dans des situations qu’ils ne sont capables ni d’appréhender, ni de comprendre. L’exemple le plus flagrant d’une vente qui a beaucoup faite parler sur la sphère Instaponey – il date un peu maintenant… C’est la vente de Bodega. Bodega était la jument d’une youtubeuse et instagrameuse très suivie : Carla Bellée. Elle a un jour pris la décision de la vendre. Et j’ai été abasourdie par le nombre de personnes qui se sont permises de porter un jugement, voire d’insulter la cavalière montpelliéraine.

Il y a plein de raisons qui peuvent pousser un propriétaire à vendre son cheval. Voici celles qui me semblent les plus évidentes.

Les raisons financières.

Un cheval coûte cher, et même très cher. Je vous ferai bientôt un article à ce sujet.

Il y a une chose que j’ai apprise ces dernières années, en jonglant entre mes études et mes différents emplois : garder un apport financier stable est un défi de tous les jours. Parfois, la vie fait qu’il devient impossible d’assumer son animal. Et ça n’a rien à voir finalement avec le fait d’aimer ou non sa monture, le fait d’être responsable ou irresponsable ou quoi que ce soit d’autre.

Perdre son emploi, avoir un enfant, devoir changer d’appartement ou de maison, avoir un proche malade duquel il faut prendre soin, être soi-même malade, changer radicalement de vie… il y a tellement de facteurs qui peuvent rendre la situation financière de quelqu’un difficile et qui ne sont pas nécessairement du ressort de cette personne qu’il est absolument injuste de se poser en juge de ses décisions.

Dans ce cas précis, je préfère voir un propriétaire vendre son cheval faute de moyens, et lui assurer une vie heureuse dans une famille qui sera dans la possibilité de payer des frais divers (vétérinaire, ostéopathe, cavalier…) plutôt que de voir ce même propriétaire se débattre tous les jours au milieu des factures pour payer le moins possible, au détriment du bien-être de son cheval ou de son poney.

Les raisons d’organisation.

Plus haut je parle du fait d’être parent lorsqu’on est propriétaire d’un cheval, ou de soigner un proche malade. Vous vous en doutez, on ne peut pas se soustraire à ses obligations lorsqu’on a un enfant, ni lorsqu’on a la charge d’un proche. L’organisation est un point compliqué à gérer. Certains diront qu’il n’est pas difficile de concilier toutes ces choses et qu’il s’agit seulement de faire des sacrifices.

Sachez que parfois, tous les sacrifices du monde ne suffisent pas. Parfois il devient impossible de tout concilier. Et ici, c’est non seulement la famille du propriétaire mais aussi son cheval, qui pâtissent de ce manque de temps. Alors quel mal à chercher quelqu’un qui pourra donner des heures et des heures de temps à notre poney tant aimé ? Plutôt que de le laisser dans son box ou sa pâture, à attendre qu’on ait un peu plus de temps à lui accorder. Ne méritent-ils pas quelqu’un qui leur accorde du temps ?

Les raisons de cœur.

Les chevaux ont leur caractère. Leurs phases. Leurs passes. Ils sont fluctuants, parfois on s’entend moins, puis on remonte la pente et tout recommence à rouler. Mais parfois on ne s’entend plus. Parfois on essaie pendant des moins jusqu’au point de se faire peur, voire de se faire mal.

Quelle utilité, alors, de rester avec son cheval, dans ce couple qui ne convient plus ? Il y a des divorces dans la vie, et ils arrivent aussi en équitation, et ce n’est pas grave. Je suis intimement convaincue qu’il est important d’être conscient que nous avons tous droit d’être heureux. Être heureux à cheval, ça passe par le fait d’avoir le bon partenaire. Lorsque le partenaire ne convient plus, et qu’on a tout essayé… Alors il est certainement bon d’en changer.

Cela ne voudra jamais dire que vous n’aimez pas votre cheval, ou que vous ne l’avez jamais aimé. Simplement que vous vous laissez la possibilité d’être heureux. Et surtout, que vous la lui laissez à lui, votre poney qui n’a rien demandé.

Les raisons sportives.

C’est souvent la raison qui choque le plus les gens. Souvent sur Instagram je lis que ce n’est « pas grave » si un cheval ne peut plus monter en épreuve. Et qu’il faut, de facto, le garder. Foncièrement, c’est vrai. Ce n’est pas grave. Mais lorsque le sport devient partie intégrante de la vie d’un cavalier. Lorsque ce qui lui permet d’assumer son cheval et d’assurer son bien-être est en partie lié aux sponsors et à ses résultats en concours… Alors il est évident que ça devient important. Il est évident que ça peut devenir plus « grave ».

J’ai plus de mal à comprendre cette décision sportive. Je ne me définis pas comme une cavalière de concours et que je n’ai jamais visé les internationaux. Mais en se montrant ouvert, et tolérant : pourquoi garder un poney ou un cheval n’ayant pas les moyens de répondre à nos attentes ? Pourquoi prendre le risque de se retrouver ensuite dans une impasse. Une impasse qui impliquerait peut-être des raisons de cœur, voire des raisons financières ? Pourquoi garder un poney ou un cheval qui est devenu trop petit ? Le mettre à la retraite à défaut, alors qu’il pourrait avoir de belles années sportives devant lui avec une autre personne tout aussi aimante ?

Soyons tolérants, ouverts, et bienveillants.

Toutes ces raisons tiennent du rationnel, de l’évident, du palpable. Il existe tout une palette d’émotions, de questions, de situations, qui amènent à se séparer de son cheval.

Imaginez devoir vendre le vôtre. Imaginez votre tristesse et imaginez à quel point il doit être difficile d’entendre que votre décision n’est pas la bonne et qu’elle fait de vous une mauvaise personne. Soyez courtois et courtoises et ne portez pas de jugement hâtif. Ces personnes, pour la plupart, se sentent déjà bien assez coupables d’elles-mêmes. Restons solidaires, c’est de cela dont nous avons réellement besoin.

4 réponses à “Vendre son cheval, les raisons.

  1. Merci pour cet article !!
    ça fait du bien d’entendre un autre discours que celui de “hannn elle est trop méchante elle vendu son cheval”
    Je rajouterais même qu’il n’y a pas besoin d’être dans une “impasse” (financière, d’organisation, de temps ect) pour vouloir vendre son cheval. Il y’a aussi tout simplement la vie, l’envie parfois de voir d’autres choses, de faire tourner sa vie autour d’autres choses. Etre propriétaire est une aventure fabuleuse mais aussi particulièrement chronophage et exigente, et il arrive souvent dans la vie de propriétaire un moment ou on a envie d’utiliser ce temps pour faire autre chose, découvrir d’autres univers… Pour ma part, je trouve que c’est la plus sage décision de laisser partir son cheval vers une autre maison plutôt que de le laisser au box à dépérir pendant que son ou sa propriétaire donne une autre direction à sa vie (ou découvre la joie des apéros à la place des réveils à 4h du mat pour partir en concours).
    Je trouve que c’est de même pour les objectifs de compétition. Oui la non adéquation sportive entre le cheval et le cavalier peut amener des impasses financières ou de temps mais pour moi ce n’est pas la seule raison. Il est complétement légitime de vouloir monter en épreuve (même si c’est en épreuve club et qu’il n’y a pas d’argent en jeu), de vouloir progresser sportivement, de se lancer de nouveaux défis. Oui on peut le faire à pied à coté de son poney et un poney qui ne peut plus faire de compétition ou devenu trop petit reste un formidable compagnon de vie, mais il y a des cavaliers qui ont la fibre de compétition, de progression sportive et pour qui cette pratique est au centre de la passion, alors pourquoi se frustrer et s’empêcher de progresser en gardant un poney ou un cheval plus en adéquation avec ses objectifs ? Je penses que ce n’est bon ni pur le cheval, ni pour le cavalier. La seule responsabilité qu’on a en tant que propriétaire n’est pas de rester aux cotés de son cheval toute sa vie à tout prix mais de garantir son bonheur toute sa vie ! Et si pour cela il faut le laisser partir auprès d’une autre famille, cela peut être la plus belle décision qu’un propriétaire peut prendre pour lui.

    1. Bonjour Zazou !
      Merci beaucoup pour ce commentaire plein de bon sens, je vous rejoins totalement dans votre point de vue, en effet, notre seul devoir et de garantir le bonheur de nos chevaux. Avec, ou sans nous !
      Passez une agréable journée 🙂

  2. Bonjour, je viens de tomber sur votre article très intéressant et qui m’a fait réfléchir. Je suis propriétaire depuis un an et je songe vendre mon cheval. Il est très gentil j’y suis trés attachée mais c’est un cheval délicat qui demande beaucoup de présence, d’attention et de travail. Il est trés stressé et nerveux. J’ai mis plusieurs mois avant d’être à l’aise avec lui, qu’il me fasse confiance. En travaillant souvent et en étant très présente. Depuis quelques semaines j’ai de nouveaux objectifs professionnels et je dois consacrer beaucoup plus de temps à mon travail et ce rythme va durer dans le temps. J’ai moins de temps pour mon cheval, je suis moins disponible, plus fatiguée, plus nerveuse et notre couple en souffre. Je fais de mon mieux mais ce n’est pas suffisant. Il travaille moins donc il a repris certaines “mauvaises habitudes” et quand je le monte je suis moins “dedans”. Les dernières séances ne se sont pas bien passées mais j’en suis responsable et j’en ai conscience. J’ai essayer de trouver une demie pension mais dans le centre où je monte mon cheval est vu comme un cheval difficile et n’intéresse personne.
    Je pense donc le vendre, pour qu’il trouve une gentille famille, qu’il soit chouchouté et heureux, plutot que de le monter moins, d’avoir de mauvaises séances, de le monter encore moins etc… Je culpabilise énormément mais je veux ce qui est bien pour lui et je pense que cette solution ne serait pas la mauvaise.

    1. Bonjour, merci d’avoir pris le temps d’écrire, c’est toujours très délicat et très impliquant émotionnellement de prendre ce genre de décision. J’imagine à peine le malaise et l’inquiétude qui doivent en résulter. La culpabilité est un vilain démon qu’il faut prendre le temps d’apprivoiser. Si vraiment ce choix vous fend le coeur, pensez éventuellement au confiage sous contrat. C’est une solution de repli pour parer les coups durs de la vie et selon le contrat, cela peut vous permettre de continuer à voir votre cheval sans pour autant continuer à le vivre comme un fardeau.

      D’autre part, s’il est bien dans son environnement, n’oubliez pas que, souvent, un petit temps d’éloignement peut vous permettre de mieux vous retrouver. On a tendance à se sentir coupable lorsqu’on les laisse pour quelques temps, mais cela peut peut-être débloquer la situation ! Si vous voulez en discuter plus amplement, je suis toujours disponible sur la page Facebook du blog. Courage!

      Sarah

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